Comme Moïse sauvé des eaux , c'est l'aventure du repêchage de phrases et de mots « sauvés » de la poubelle du bureau…..un ensemble hétéroclite dont le liant résiderait dans quelques reflets colorés de ma jeunesse.
Comme ce bidon rouillé au fond d'une parcelle servant au jardinier , avec l'aide du temps , à transformer les déchets de végétaux en «noble compost » apte à l'enrichissement de son terroir, de ces quelques écrits raturés et déchirés je veux en tirer la quinte essence…. Avec pour fil conducteur , comme un lien de ce recueil gonflé d'émotions personnelles , l'impact visuel de couleurs « jouant les solistes dans la musique des mots » !
Quelque part en Lot et Garonne :
Perché sur ce coteau où je suis né , surplombant ce terroir gascon sillonné par le passé par quelques personnages « haut en couleurs »: le vert galant futur Henri IV, Nostradamus , Rabelais , je contemple ce tableau de maître Nature, au thème immortel d'une journée « se couchant dans ses draps colorés » ;
Immortel souvenir , telle une tache sur un buvard , de cette brise douce et légère d'été courbant le foin où je suis allongé , "avec l'orchestre des grillons qui accompagne la valse des bleuets."
Dans la pénombre qui se "réveille", les lampes du plafond céleste commencent à griller ....
Quelque part en Dordogne :
Dans le bruissement permanent de l'eau se déversant du barrage voisin , c'est le cri du corbeau qui déchire la campagne gelée , c'est le vent hautain qui dispersant l'odeur acre des peupliers , joue avec leurs ramures effilochées.
C'est cette branche basse et flexible en bordure du pré que la nature à nos jeux prêtait , que de chevauchées entreprises avec ma sœur aînée , sur ce « cheval » docile improvisé se « pliant » à nos jeunes volontés…
De nos bousculades et roulades sur la lisière dorée du champ de blé voisin , seules persistaient quelques traces de sang , celles des fragiles coquelicots….qui redoutaient autant les orages et leur écharpe de vent !
Quelque part dans un sous bois :
Près du chemin ensablé dont le ruban blanc tranche la forêt , les fées ont du me guider à la rescousse d'un frêle chêne blessé ;
Trop meurtri d'avoir oser prospérer à la limite du passage , l'arbrisseau s'inclinait alors d'un penchant forcé comme un enfant pas sage .
Avec une fourche mise en place comme béquille de soutien , mon intention de sauvetage fut mise en défaut par quelques piètres randonneurs trop attachés à lustrer leurs « chères chaussures » en bordure de chemin !
Mainte fois obstiné à reconstituer ce fragile maintien à chaque nouveau passage , ma ténacité a payé , le jeune chêne s'en est bien relevé ….
Avec le renouveau qu'annoncent les giboulées , il prouve par ses bourgeons une renaissance , celle de la dynastie des rois de la forêt ;
Je lui disais « bonjour » , il m'a semblé percevoir en le quittant « au revoir » !
Jeudi 08 mars 2007