Au domaine de Mr le comte DE NOEL

 

( Compléments du 24.12.08 )

C'est un conte d'hiver pour célébrer une douce nuit magique. Un récit féerique où votre serviteur a glissé quelques faits divers vécus dont le décompte devant rester secret ne sera pas tenu........Bon voyage dans ce monde où le passeport exigé est de conserver une âme d'enfant émerveillé! 

 

Une journée semblant ordinaire pour p'tit Chris en cette veille de Noêl, mais pour cadeau un secret dévoilé qui va bouleverser sa vie. La lumière du ciel décline comme usée par une rude journée. La glace ne s'est pas brisée dans les ornières du chemin forestier qui mène au château. Des lambeaux de neige habillent les hêtres, châtaigners et rares épicéas de la forêt privée. Une fin de journée extraordinaire car il est invité avec sa nourrice Madeleine, femme de chambre au domaine, à la réception privée traditionnellement réservée aux employés du chatelain. Monsieur le comte en présence de sa grande famille reçoit dans le salon d'honneur. Lambris doré et feu de cheminée apportent leur chaleur pour une remise de petits cadeaux personnalisés par le maître de maison. Dans la tradition familiale les huit enfants des châtelains se pressent du coude alignés en rang d'oignons, pour honorer de leur présence l'assemblée des quelques employés. Une formation de rigueur pour certains mâles du cercle familial, prédestinés traditionnellement au sacerdoce ou à la carrière militaire. A côté de l'immense cheminée qui broie du noir lorsqu'elle n'est pas allumée, un majestueux sapin végète commençant à perdre ses aiguilles de chagrin. L'être végétal semble gémir sous le corset trop clinquant de guirlandes clignotantes et poudré à outrance de neige artificielle comme une Vénitienne au carnaval de la Sérénissime cité. Un exces d'artifices qui lui donne les boules....

 

 

 

 

 

 

Le chemin du chateau

 

 

 

                     P'tit Chris est encore tout intimidé par l'apparat intérieur. Tout clignote dans sa tête lorsque vient son tour de recevoir, des mains de l'hôte, son cadeau. Destiné à lui procurer quelques parcelles de biens matériels dans le futur tel est le son du discours du maître de maison.Un Napoléon tout brillant couleur argent est glissé prestement dans sa menotte ! Impressionné par la haute stature combinée à la position hiérarchique élevée du comte, le jeune enfant bafouille ses remerciements en recevant son présent. Un prétexte pour les jeunes châtelains, qui trop oppressés de devoir se contenir tranquille pendant cette épreuve imposée s'esclaffent de moqueries et pouffent sans retenues! Eux dont les tire-lire sont pleinement engraissées à mourir d'indigestion pécuniaire....sont pris de fou rire contagieux. Les hilares possesseurs de ces riches cochons de porcelaine rose prennent tous une face exsangue de rouge pourceau !  A ce spectacle monsieur De Noêl perd de sa superbe devant l'indiscipline familiale exposée, spectacle incongru pour le régent organisateur de la réception. Lui le PDG de grand groupe bancaire, considèrant sa charge professionnelle identique à celle d'un maréchal d'Empire dirigeant une armée...... Celle de multiples petits épargnants à la gloire de la prospérité du Napoléon d'argent tout puisant, le nerf de la guerre !

P'tit Chris revoit un instant une image du matin de Noël de l'an dernier où Madeleine l'avait chargé de porter une commission auprés de Mr le comte ; Dans le grand salon bruyant explosaient les cris de joie et déjà de disputes entre les huits garnements qui profitaient d'une multitude de présents. Une image qui l'avait beaucoup frappé revint : Celle de 2 plus jeunes enfants qui avaient abandonné les jouets nouveaux comme pris d'indigestion par une profusion de cadeaux, pour s'amuser tout simplement au milieu des papiers d'emballage déchirés, avec un grand carton .....transformé l'espace d'un matin de fête en un carosse, celui d'une fée Carabosse. Une petite princesse avant l'heure était poussée dans le long couloir du palais par son jeune frère devenu un matin de Noel simple cocher !

 

 

 

 

                     

Sous bois givrés

 

 

       A peine rentrés dans l'ancienne maison du palefrenier contigüe aux écuries du château où Madeleine était logée élevant son petit protégé, que ce dernier s'éclipse prestement dehors échappant à son attention. L'enfant a pris sa décision sur le court chemin du retour. Car Madeleine refusa la pièce d'argent qu'il voulait lui offrir en cadeau, expliquant au jeune orphelin que c'était là sa "clé personnelle" pour ouvrir la serrure du monde matériel. Qu'il en fasse le meilleur usage pour son avenir. Sur ces paroles de sagesse p'tit Chris qui vient d'avoir 7 ans a déjà pris sa décision. Ce ne sont  pas les rigueurs climatiques où le maréchal hiver donne l'assaut de but en blanc avec son manteau de poudreuse et son écharpe de vent, ni le déclin du jour trop court qui ralentissent petit Chris dans son avancée vers les mystères du profond sous bois. Les fines branches sèches cassent comme du verre, semant à son passage leurs graines de givre. Les troncs noirs noueux craquent de douleur que le chant de la chouette amplifie la lugubre plainte. Les fougères cramoisies, dont les têtes jouent aux perce-neige printanières semblent soudain se faufiler devant lui comme un mirage. Dans la faible luminosité où la pleine lune vient se pencher sur le miroir d'un étincelant tapis de neige, ce ne sont que quelques bonds agiles d'une renarde rousse en fuite. L'enfant veut aller au bout de son idée, celle d'une offrande envers le petit monde imperceptible: Celui dont il ne peux pas parler en détails car si à son jeune âge on ne le prend pas au sérieux, à l'âge adulte on le taxera de fou à lier s'il persiste à radoter dans ses dires ! Et pourtant sa rencontre de l'été la profondément convaincu de sa réalité .

                         C'était un soir de fête païenne où l'on saute sur la place du village, non pas les filles endiablées, mais quelques fagots de branches sèches eux aussi bien enflammés. Une célébration du fond des âges que la religion dominante a accaparé sous couvert d'un autre patron : St Jean parachuté pour attirer dans sa ronde réjouissante les âmes détournées ou égarées dans les pratiques des « Lucs » ces bois sacrés. La St Jean : Un point culminant vibratoire de l'année où le ciel et la terre conjuguant leurs subtiles effluves peuvent se marier. Petit Chris cherchait son chat Pitot et le « hasard » avait conduit l'enfant dans sa quête auprés d'un des plus vieux chataîgners de la forêt. Il reconnut la zone où à la saison propice des champignons, Madeleine l'amenait prélever d'autres fruits de Dame Nature, ceux qui dans leur coque piquante toute hérissée savaient se défendre avant de se faire griller ! Et alors dans la lumière d'une petite clairière ce fût un spectacle inoubliable .

 

 

 

 

 

  La fée du chataigner: RIEMA

 

 

 

     Une multitude de libellules argentées et bleutées comme des fleurs qui volent en toute liberté. P'tit chris trés gourmand des secrets de la nature puisés dans ses lectures et attentif à son environnement sentit quelque chose qui clochait. Lui le chasseur d'escargots fouinant dans les chemins creux aprés les ondées, développait son intuition dans sa vigilante attention auprés de la vie du terroir. L'espace où dansait la sarabande était loin de présenter une zone favorable à l'éclosion et vie des insectes dansants! Absence absolue de chaleur et de lieux humides ....Ces insectes ici sont plutôt incongrus. Des sons inhabituels, des sortes de babillages émanaient de ces grosses libellules qui soudain s'approchérent pour l'entourer en une magique farandole ; Ce fût alors la révélation, sa première approche par les Elfes de la forêt ! Il en revint déboussolé car une plus hardie au visage gracile et radieux de beauté, prenant la parole se présentat comme la fée du gros chataîgner : « Je m'appelle RIEMA ....Garde cette rencontre  pour toi, car tes interlocuteurs qui auront tout vu et vécu te classeront impitoyablement dans le monde des « fadas » !

                        Respectant à la lettre ce conseil d'un autre monde, peu aprés il devint encore témoin de la présence d'un autre habitant magique de la forêt : Sur le chemin du sous bois il était souvent piqué au bras certains soirs d'été. Et pourtant pas d'abeilles, ni d'orties ou de ronces présentes sur les bords du sentier, Madelaine mettant cela sur le dos d'allergies alimentaires ! Son interrogation fût satisfaite lorsqu'un facétieux lutin se rendit visible un court instant comme seul responsable de ses démangeaisons urticantes. Un petit vieillard de prés de mille ans à la carcasse maigre, la bedaine ridée, une grande barbe blanche qui lui couvrait le bréchet , une houppe comme une crête, des cuisses de héron affamé, de grands pieds pour sa petite taille, débordants de semelles essoufflées en pneu usagé, où brillaient des ongles noirs ébréchés. La seule chose plaisante du gnome sans chapeau était son beau nez ! P'tit chris dont le coeur battait la chamade apprit par sa voix aigrelette que ce dernier s'amusait un certain soir d'hiver à s'habiller en couleur rouge cramoisi pour célébrer une fête d'origine päïenne en descendant dans les cheminées éteintes.A la grande joie des petits enfants qui seuls pouvaient le voir jusqu'à l'âge de six ans. Avec sa face rougeoyante et enjouée ce lutin devait bien aimer le jus de la treille pour montrer des paumettes si enflammées .

 

 

 

 

 

 

Le sentier du lutin

 

 

 

             C'est l'heure où le sombre crépuscule ouvre la porte à la nuit blanche , où l'astre qui veille parfois bien « luné » daigne venir sur le devant de la scène pour briller ! Comme une étoile décorative qui s'allume au plafond de la voute céleste, lorsque tout autour c'est l'instant magique où les multiples ampoules du ciel commencent à griller. Moment propice pour le jeune orphelin de faire une offrande au pays des elfes, des fées, et des lutins. Pas moyen de creuser un trou dans le sol gelé, P'tit Chris n'en fût pas contrarié car une fissure bien heureuse dans le tronc tordu du vieux chataigner lui donne un idée. Il y glisse prestement sa seule richesse, sa pièce à la lueur de l'astre d'argent dans l'espace libre entre le bois nu et l'écorce avec une pensée pour ses amies invisibles les fées. Mais son acte de foi accompli il retourne prestement sur ses pas car depuis son escapade ses galoches devenues trop justes que le froid raidit se rappellent à lui de façon plutôt cuisante ! Des ampoules en perspective pour quelque temps encôre car Madeleine n'est pas trés aisée financièrement. Lui qui vient juste de se délester du seul bien pécunier qui aurait pu soulager des pieds qui veulent prendre leur aise......

 Au retour dans la maisonnette Madeleine affolée par son escapade lui fit la morale. Il mentit pour ne pas dévoiler son secret en prétextant que c'était la faute de son chat au nom bizarre de « Pitot » échappé au dehors pour aller faire ses griffes. Il voulait le garder cette nuit  auprés de lui pour lui tenir chaud dans son lit dans la soupente non chauffée. Il s'écria de façon théatrale : « Ah ! ce chat PITOT toujours en train de faire son cirque ! » De cette chambrette il conservera à vie un souvenir cuisant : Celui d'un récent hiver où les nuits s'amusaient à faire tomber le thermomètre dans les chaussettes, où les matins avec moins vingt c'était aussi pour certains de prendre au petit déjeuner du vin chaud dans les assiettes! Sous l'empilage épais des couvertures le réveil devenait cuisant. Le bord du drap rendu trop rigide sous l'effet de la condensation gelée de la respiration lui rapait le nez. Dehors dans les rigueurs du blizzard, pour ne pas avoir les ailes givrées, même les corbeaux noirs évitaient de décoller! Mais P'tit Chris ne tenait pas rigueur aux frasques excessives du temps. Pour lui la nature ne propose pas son climat au libre choix des clients comme dans une carte de restaurant. 

                 Alors Madeleine ne sachant pas retenir son émotion le prit dans ses bras en lui confiant dans des sanglots trop longtemps retenus que cette veille Noël elle allait pouvoir lui faire un cadeau bien spécial ! Sortant fébrilement de la poche de son tablier une enveloppe blanche cachetée et non timbrée elle lui dit en lui remettant : « Il est temps pour moi de te révèler ce qui t'appartient .... et que le destin t'a enlevé trop tôt ». P'tit Chris n'avait jamais vu pleurer sa Madeleine et cela lui fit embuer ses yeux. D'une main encore engourdie par le froid il déchira maldroitement l'enveloppe immaculée. Une simple photo noir et blanc en était le contenu ! L'image d'un couple de jeunes gens se tenant par le cou à proximité d'un sapin de Noël. Dans les bras de la jeune femme un bébé. Il tourna alors le cliché et lu une mention à demi effacée écrite à l'encre violette:

                            «  24 décembre 19..... Le premier Noël de Chris à 2 mois..... avec ses parents François-Joseph et Marie »

Et tout devint clair comme un fulgurent éclair, la vérité sur son origine le frappa en pleine poitrine ! A grand peine Madeleine entre deux sanglots essaya de trouver ses mots pour lui donner quelques explications d'une tragédie vieille de 7 ans ! Sur le chemin du retour d'un réveillon ses parents prirent la voie directe du ciel. Une malencontreuse plaque de verglas fût à l'origine de l'accident automobile .... Le destin avait épargné le p'tit chris confié par se parents pour la nuit à sa nounou Madeleine. Depuis il ne l'a plus quitté. La nourrice agrée put conserver l'enfant et l'élever gardant dans le coeur ce lourd secret ..... jusqu'à cette soirée anniversaire !

Le reste de la nuit fût aussi blanche pour l'orphelin qui ne pût fermer l'oeil ....  Il passa son temps les yeux écarquillés et pleins de larmes. Il venait de découvrir un fait curieux où le destin avait fait pour le mieux : MARIE sa mère et la fée RIEMA se ressemblaient comme deux gouttes d'eau ! Nul besoin de préciser leur degré de beauté qui illuminera toujours les yeux de PP'tit Chris à leur pensée. Comme des bougies de Noël qui ne s'éteindront jamais et qui brûlant de luminosité, des larmes translucides elles aussi laissent couler........

 

                                  

                                  JOYEUX NOEL FEERIQUE

 

Fait le 23 décembre 2008     Conception du texte et illustrations de l'auteur : Christian Couteau

                                         



Article ajouté le 2008-12-23 , consulté 66 fois

Commentaires


kris site : Kris.blog4ever.com | le 24/12/2008 à 09:05:33
Bonjour Chris,
Magnifique conte et très belles illustrations, mesyeux ont un peu briller meme beaucoup, suis une grande sentimentale derrière mon air de marin reveche. Meri pour ce joli partage. Un Joyeux Noel à toi. Bisous
Laurence site : laurencegh.skyrock.com/ | le 24/12/2008 à 08:39:25

eh bien oui émotions il y eut, partagée entre me laisser piéger par l'histoire ou essayer de déceler ci et là des traces de ton passé ... mais je m'y suis vue et perdue ! très beau félicitations ! très beau dénouement j'espère qu'il en fut ainsi ...
Amitiés.
Lo


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